• B-Chapitre 1

     CHAPITRE 12

     

    Ecrire :

    essayer méticuleusement de retenir quelque chose : 

    arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse,

    laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marques ou quelques signes.

    Georges Perec 


    roman-INFINIMENT-chapitre 1
     roman-INFINIMENT-chapitre 1


     

     

    Samedi 19 septembre 2015 : "Le faux pas tant redouté est fait : Pierre sait." Samedi soir  Samuel et moi regardions un film sur le canapé, j'étais couchée sur le canapé la tête au creux de son épaule et contre toute attente Pierre qui était sensé dormir s'est relevé. Je ne m'y attendais pas. Je me suis redressée rapidement. Trop rapidement. La porte de la chambre est face au canapé. J'imagine l'électro choc qui a dû faire exploser sa tête. Il allait simplement chercher son chargeur de téléphone. Il n'a rien dit. Il a été se recoucher. Mon coeur battait la chamade. Samuel m'a rassurée, me disant qu'il n'avait rien vu. Qu'on ne faisait rien de mal. Je l'ai cru au final. Mais mon sentiment de malaise ne s'est pas dissipé. J'ai ramené Samuel chez lui vers une heure du matin comme d'habitude et au retour je suis allée me coucher. La respiration de Pierre était régulière mais j'étais persuadée qu'il ne dormait pas. Mon coeur battait. J'étais mal. 
    Habituellement Pierre rentre du travail vers 16h30... Je me suis persuadée que tout va bien mais quand il ouvre la porte et que je vois son visage fermé je sais qu'il sait. Il laisse tomber son sac de travail tomber par terre dans le hall et se dirige dans la cuisine. Je me lève du canapé et le rejoins. Il se fait couler un café et s'assoit à table. Je m'assois vers lui. Il ne dit mot...
    - Ta journée   ? ça a été ? 
    - ...
    - Répond moi ! 
    - Tu sais très bien pourquoi je ne te parle pas"
     - Non ?
    - Tu étais couchée sur lui sur le canapé tu te fous de moi ? tu me prends pour un con ? tu as trois mois pour trouver du travail je m en vais en janvier. tout est dit...
    - C'est vraiment pas ce que tu crois j'étais fatiguée je m'étais assoupi... c'est tout...
    Pierre ne veut rien entendre entendre... il se lève et descend au sous sol.
    Il remonte pour le diner. On dine en silence. Les enfants sentent la tension, ne disent mot et se dépêchent de quitter la table. Le silence est total agrémenté de regards très noirs. "Rien à me dire, tout est dit"...


    Je suis mal. Que faire ? Il fallait que ça arrive... ça a mis le temps mais là... on y est... Pierre a la haine et Samuel est effondré... "bon sang pourquoi il s'est relevé ? c'est jamais arrivé ! et puis on faisait rien de mal ! ça va lui passer Sandy, t'en fais pas !" Alicia culpabilise. Elle passait la soirée au téléphone avec son petit ami. "si j'étais près de vous comme d'habitude je l'aurais entendu se relever et rien ne serait arrivé !" ...
    Le lundi Pierre a toujours autant de haine et le dialogue est impossible. J'ai compris suite à un appel téléphonique que le lendemain il passerait toute la journée à ensiler à la ferme. C'est à dire à aller chercher du maïs sur pied dans des communes éloignées en tracteur. Je retrouve donc Samuel chez lui l'après-midi. J'ai caché la voiture à quelques maisons de là. Je le retrouve ... le paradis... mais avec une peur démesurée au ventre.
    "J'ai si peur si tu savais. Il a une haine ! je vais faire quoi s'il part tu te rends compte ? et Nico je vais lui dire quoi ? et j'ai pas de travail..."
    "Il va se calmer Sandy, t'affoles pas !" 
    Samuel me serre fort contre lui. Il caresse mes cheveux, me réconforte... On fait l'amour désespérément.... intensément... comme si on craignait que  ce soit la dernière fois... on s'accroche l'un à l'autre comme si on devait se quitter à tout jamais... c'est alors que mon téléphone sonne... "Pierre" s'affiche... Deux jours qu'il ne me parle pas et là il appelle. Je ne décroche pas. La peur au ventre. Que veut-il ? Un appel... deux appels qui se suivent... un message vocal... Mon coeur bat tellement fort dans ma poitrine que j'ai l'impression qu'on l'entend dans toute la pièce. Je me décide à écouter le message.
    - T'es avec ta saloperie ? ben restes-y ! Ce soir tu peux faire tes valises ! à bon entendeur salut !" Mon coeur s'arrête.
    Immédiatement je suis debout. Je me rhabille. Samuel me raccompagne à ma voiture. Je suis tétanisée. J'ai peur de voir Pierre surgir de n'importe où. 
    Je rentre la peur au ventre. Affolée. Je dis tout aux enfants. Lucas se ferme comme une huître. Plus un mot. Ma fille me soutient.
    Pierre doit rentrer tard. Je le rapelle. Il est fou de colère. Il hurle dans le téléphone. Je lui dis que je ne partirai pas.
    Je mange en silence avec les enfants. Je me couche avec ma fille. On attend le retour de Pierre en silence, tétanisées, serrées l'une contre l'autre. On l'imagine entrer dans la chambre en me criant de partir, ou complètement ivre et violent... on finit par somnoler... et la porte du garage qui se referme nous réveille. On écoute les bruits, nos coeurs battant... Mais rien ne se passe. Pierre va se coucher. On finit donc par s'endormir très tard dans la nuit.
     
    Maman me couvre et dit à Pierre que j'étais avec elle toute l'après-midi. Pierre finit par le croire. Nos relations ne s'améliorent pas. On cohabite sans se parler. La tension est palpable et je respire quand il quitte la maison. Le week end arrive. Premier week end sans Samuel depuis deux ans... J'ai le coeur à vif... Pierre travaille et on se retrouve sur le parking d'un supermarché. Trente minutes. Trente minutes sur un parking à se serrer, s'embrasser, se retrouver... enfin... sous le poids de la culpabilité avec la peur d'être vus, la peur que Pierre débarque quand on ne s'y attend pas. La peur au ventre. Le temps passe à une vitesse incroyable il faut déjà se laisser... c'est déchirant...
     
    Pierre m'a écrit un mot lui qui n'écrit jamais. Je trouve une feuille pliée en quatre sur mon oreiller "ce que je ressens je ne peux pas le dire. Mais pour moi, il ne faut pas jouer à faire semblant car je ne le supporterais pas. Je t'aime, plus que tu ne le penses. Alors je te propose un arrangement. On vit en famille, on se parle, on se dit bonjour, mais ceci s'arrête là. Jusqu'à ce que les enfants puissent voler de leurs propres ailes. Et après... si l'étau qui étouffe mon coeur se désserre... là peut être on repartira sur le même chemin. A ma rose que j'ai perdue."
    Ma fille explose. "Ca ne te touche pas ? papa t'aime. J'en reviens pas qu'il a écrit ça." Je lui réponds méchamment en criant "mais vingt ans de silence, vingt ans de solitude, tu oublies ça !" et je culpabilise.
    Et Samuel appelle juste au même moment... C'est bon de l'entendre. Je me sens si seule, perdue. Mais on se prend la tête, on se déchire. On rigole aussi. Le chagrin, la souffrance, c'est terrible... On se laisse... on se garde, je ne peux pas dire à Samuel "on arrête" j'ai pas la force même si la raison l'impose. Imaginer ma vie sans lui c'est me jeter dans un trou noir sans fond. Je l'aime tellement. Mais le garder c'est briser sa vie, vivre la peur au ventre, souffrir de ne jamais assez se voir, de ne pas se toucher... souffrir... encore et encore souffrir...  nous deux c'est l'osmose... mais il faut se séparer... au fond de moi je sais que c'est la meilleure solution... et on parle, on parle au téléphone... et je ris avec lui, de nos blagues à deux sous, on rigole de notre malheur, de toute cette merde qui nous tombe dessus, et ça me fait du bien, c'est tellement con ! de se titiller et de jurer comme des poivrots, de se crucifier, de se dire qu'on s'aime... je veux pas qu'il raccroche, je veux sa voix, son rire, je le veux éternellement, au bout du fil. J'ai peur de ne plus l'entendre... Mon dieu les larmes remontent à la seule pensée de le perdre. Mon dieu que faire ?
    Je me dis.. on devrait faire une pause... je pense à lui il pense à moi..; on s'écrit, on se donne des nouvelles, il vit sa vie, il voit d'autres filles, mais on ne se voit plus. Il teste son amour, il voit si son amour pour moi est le plus fort... si nos trente ans d'écart ne le gênent toujours pas... il décroche son diplôme, il trouve un boulot et si vraiment, il m'aime toujours aussi fort... alors... on tente l'aventure"..j aurais du  proposer ce marché à Samuel.. mais je ne l'ai pas fait...
     
    C'est quand on a tout perdu qu'on se rend compte de ce qu on avait, du bonheur qu on avait à pouvoir se voir, à pouvoir aller se ballader ensemble, faire du vélo, se baigner, regarder la tv l'un contre l autre, tes bras autour de moi... mon dieu comment avons nous pu imaginer qu IL ne voyait rien qu IL n 'était pas jaloux...  il a fallu ce faux pas, qu il ouvre cette porte et qu il nous voit l'un contre l autre... pour que tout  s'effondre, pour que tout soit balayé... un tsunami a détruit tout ça à jamais... rien ne sera plus comme avant et ça broie mes entrailles de ne pas avoir Sam là près de moi....de ne pas sentir ses bras autour de mes épaules, de ne pas respirer son odeur... de ne pas sentir ses lèvres sur mes lèvres comme c 'est dur... comme il me manque....
    Le chagrin revient par vagues... souvent il nous submerge Samuel et moi. Les crises de larmes se succèdent, on est mal, on est à cran. On se texte toute la soirée car Pierre travaille Samuel passe cette soirée à me lancer des piques. Alors pourquoi s'écrire, se téléphoner, c'est dur d'être séparés, de se sentir constamment en danger, en équilibre sur un fil... la peur n'évite pas le danger... on a joué ... on a perdu... si on avait joué à la roulette russe on aurait pris la balle en pleine tête, faut-il continuer de jouer ???
     
    La vie à la maison est tuante. Je suis en permanence mal à l'aise, stressée comme si le ciel menaçait à chaque instant de me retomber sur la tête. J'ai passé une nuit épouvantable, rythmée par des réveils incessants.  Je suis vaseuse, le moral ne décolle plus de zéro. J'emmène les enfants au lycée. Pierre était encore couché à mon départ, il n'est plus là à mon retour. Il y a une lettre sur la table. Je la regarde et je me dis "qu'est ce qu'il y a encore ?" c'est d'une main tremblante que je la déplie... 
    "J ai aimé une rose j ai cru pouvoir la faire s épanouir? la faire s'ouvrir mais au contraire elle s est refermée et a sorti ses épines...
    Mais une autre personne  a réussi à l ouvrir et à la faire s'épanouir... c est pour ca je laisse la jolie rose que j ai aimé très fort... s épanouir... moi qui n ai plus rien a donner... moi qui ai le coeur vide...
    Mais il y a une chose que l on ne me prendra jamais... quoi que l on dise ou pense... c est l amour pour mes enfants je ferai n importe quoi pour eux...
    Sur ces quelques mots mon coeur se referme et saigne a tout jamais de sa plaie... à ma rose que j ai aimé..."
    Je suis bouleversée. Pierre souffre et ça me fait mal. Je ne voulais pas en arriver là. Lui le roc, froid, distant... qui vit sa vie... il a voulu que je m'épanouisse ? mais qu'a-t-il fait pour cela ? Matériellement oui... Il m'a offert une jolie maison, une piscine... du matériel... Mais sentimentalement... j'ai eu droit à quoi ? le vide total... le silence... la solitude...
    Je le cherche. Il est au garage. Au lieu de lui dire tout ça, je lui demande de pardonner, "pour les enfants donne moi une chance" des dizaines de fois il répond "non... mais tu te rends compte de ce que tu m'as fait ? je n'aurai plus jamais confiance, tu m'as trahi. Et puis je ne sais pas pourquoi, il dit "oui... on essaie" ...
    Quatre jours passent... l'ambiance est calme mais j'ai du mal à déstresser... une nouvelle lettre me prend au dépourvu...
    "Je t'écris une nouvelle fois et peut être la dernière mais comme je l ai écrit la fois d avant il ne faut pas faire semblant ou se forcer. C'est pour ça que je te dit que l on va vivre ensemble pour les enfants jusqu'à ce qu'ils volent de leurs propres ailes, mais je pense que notre chemin commun se séparera ensuite car malgré tous les textos écrits avec des jtm et des petits coeurs qui m ont fait espérer ce n'était que des illusions.
    Je m 'aperçois que ton amour pour moi est parti, il est apparu pour un autre. Pour lui la rose s'épanouit pour moi elle s est fanée. il ne me reste plus que les épines qui étouffent et emprisonnent mon coeur comme un étau.
    C'est pour ça que l on va vivre ensemble nos vies tout en restant bons amis comme des colocataires.
    Chacun fera ce qu il veut,  verra qui il veut (en dehors de la maison) ceci sera mieux pour moi je pense car comme tu me le dis au telephone "y a des coeurs qui vivent "avec" moi je ne le peux pas. J'ai peur que l'amour qui me reste pour toi se transforme en mépris.
    Voilà je te donne cette dernière rose pour te dire une dernière fois que je t 'aime et t'aimerai toujours ces mots que je n écrirai plus et dirai plus pour toi mon amour perdu à jamais.
    ps  : Tu as raison il vaut mieux que moi il est malade et pas bien dans sa peau lui." 

    Je me retrouve seule  comme je pense ne jamais avoir été seule dans ma vie. Comme on dit "face à moi même"... à la réalité...  Le silence... L inquiétude... le chagrin... la culpabilité...  Je repense à tout ce qui vient de se passer... je n'arrête pas de ruminer... Je me sens si mal dans ma peau. Pierre souffre. Samuel souffre. Je souffre. Si j'écoute mon coeur j'aimerais être avec Samuel, boucler une petite valise, partir avec lui. Choisir la folie, le bonheur, l'amour fou... Si j'écoute la raison, je dois rester avec Pierre pour les enfants, pour la sécurité...  je les fais souffrir tous les deux.  J'ai de l'affection pour Pierre et un amour de dingue pour Samuel... mais cet amour n'a pas de fondations solides..; il ne repose sur rien... que sur un coup de foudre... Il a trente et un ans de moins que moi, pas de travail, pas d'appartement, il est au lycée... je vais faire quoi avec mes deux enfants... sans travail moi non plus... sans argent... je l'aime à la folie oui... ça c'est en moi... mais je ne suis hélas pas une adolescente libre et sans responsabilité... hélas... il ne comprends pas...
    "Il est 18h14...  tu as lu mes messages sur facebook... Rien...  pas de réponse je me sens seul,  je survis heure par heure.  Je conduis pour oublier et le soir je dors pour ne pas penser ... il est 18h16.  Je regarde l'heure pour la deuxième  fois, je me rend compte de la situation. Je culpabilise.  Comme dit ta fille c'est entièrement de ma faute, je ne suis qu'un pauvre con égoiste,   ... A trop te vouloir je t'ai perdu... J'était tellement obsédé par l'envie d'un jour t'avoir rien qu'à moi que j'ai tout perdu...
    C'est triste à dire mais ce n'est pas moi que tu aimais... Une femme qui aime revient toujours, la culpabilité t'aide à prendre les distances favorables pour que tu te sentes en sécurité... la culpabilité te fait oublier la personne que j'étais pour toi, l'amour que j'avais pour toi... Tu te souviens tous ces bons moments ?    pour toi tout ca c'est du passé.. Tu veut récupérer ton mari et m'oublier, faire comme si je n'avais pas existé...
    C'est dur de se dire qu'on s'est autant aimés et que tu m as oublié aussi vite. Tu ne pleures même plus pour moi... Si je venais à  disparaître entièrement de ta vie tu ne verrais même pas la différence... Il est 18h24... je regarde l'heure une troisième fois, je suis mort, vide... Je culpabilise tellement ... Tu me HAIS et ça c'est dur ... Tu aimerais couper les ponts...     le chagrin de ton mari te crucifie... Je le sais mais pense au mal que toi tu as eu,  il change en ce moment, tu te rends compte que c'est une personne extraordinaire... Mais si tu m'as aimé c'est que ça n'a pas toujours été le cas... Lucas et Alicia ne te laisseront pas, tu es mon étoile et pour l'instant je suis encore à toi...  .. Bonne soirée je t'aime."
    "Je pleure en lisant ton message. Tu comprends pas. Tu comprends pas que je suis déchirée entre toi et lui ... que si je pouvais je te suivrais... mais je ne peux pas. mon dieu je t'aime, je t'aime à en crever. Pierre n'est pas extraordinaire ni merveilleux c'est juste le père de mes enfants et il souffre, comme toi, comme moi... tout s'effondre pour lui comme pour nous. Et oui, je sais que si j'en suis là, si toi et moi on existe, c'est parce que j'étais malheureuse. Mal dans ma vie. Je suis consciente de tout contrairement à ce que tu penses. Je suis torturée, écorchée vive par la souffrance. Comme si on m'arrachait des lambeaux de peau un à un... j'ai envie de crier, de hurler pour que ça s'arrête... ça fait trop mal de choisir... trop mal de te perdre. Non je ne veux pas te perdre. Je sais que tu souffres... je sais... mais moi aussi Samuel..."

     

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    B-Chapitre 1

     CHAPITRE 11

     

     

    La mémoire se perd : mais l'écriture demeure.
    Proverbe oriental

     


    roman-INFINIMENT-chapitre 1
     roman-INFINIMENT-chapitre 1


     

     

     

    avril-septembre 2015 
     
    Je me suis confiée à ma mère un jour de blues et je n'ai depuis cessé de le regretter. Souvent je pleure car la pression est terrible. J'aime Samuel à la folie et je me rends compte qu'il n'y a pas d'issue. Tout est contre nous. Chaque jour je passe voir ma mère qui m'assaille de reproches, de mises en garde... j'en ai ras le bol... Maman, j'aurais tellement de choses à te dire que je ne sais par où commencer... Je suis maman aujourd'hui, comme toi tu l'as été et comme tu l'es toujours...Un jour tu m'as dit : je te souhaite une fille et d'en chier comme j'en chie... J'ai une fille aujourd'hui. Comme tu me la souhaitée. Elle est adorable et je l'aime de toutes mes forces. Même si elle m'en fait voir de toutes les couleurs...
     
    Maman tu m'as mis au monde tu m'as choyée, noyée sous des flots de tendresse protégée sur-protégée et pour finir étouffée...à trop vouloir me protéger tu n as même pas vu que le loup était dans la bergerie, sous tes yeux... Il m'a salie, souillée, quelque part brisée et tu n'as rien vu...
    Maman tu m'as offert une jolie chambre, des Noëls magiques, des gâteaux d'anniversaire, des jouets, des livres... Tout ce que je demandais je l'avais... Sauf : la liberté... le droit d'exister.. d avoir une jeunesse... des souvenirs... de faire des folies... de croquer la vie...
    Je n'ai jamais connu les sorties entre copines, les boums, les copines qui dorment à la maison, aller dormir chez ma meilleure amie, aller à une sortie de classe sans que tu sois là à me surveiller, les voyages scolaires, aller au ciné avec des copines, un copain... en boite de nuit... Tu m'y accompagnais à 23 ans car tu ne voulais pas que j'y aille avec une amie... Mon univers : c'était ma chambre, la maison, le jardin, les grands-parents...
    Maman quand je suis tombée amoureuse... Tu as tout de suite jugé qu'il n'était pas pour moi. Tu as passé ton temps à nous torturer en jouant en plus la persécutée... Je me rappelle chacune de nos disputes, chacune de tes paroles... Autant de coups de couteaux... il ne te plaisait pas mais moi j'étais amoureuse... Lui aussi... On était fous l'un de l'autre et tu as tout fait pour nous briser...Tu as réussi... Je ne voulais pas te perdre et je l'ai laissé partir... déchirée...
    Maman... j 'avais tout ce que je voulais ? oui tes paroles sont "tu n'as as été malheureuse, tu avais tout ce que tu voulais" oui maman mais ce que tu ne comprends pas c'est que l argent n'achète pas le bonheur... Et je ne rattraperai jamais ce que je n'ai pas vécu... Je ne retrouverai jamais ce que j'ai perdu...
    Tu as eu une jeunesse malheureuse, et tu as cru me donner ce que tu n'avais pas eu... J'ai pas trop compris. Tu étais privée de liberté et tu m'en as privée alors que tu en avais souffert... Matériellement tu n'avais rien et tu m'as tout donné je suis d'accord. Mais j'aurais préféré profiter de ma jeunesse et avoir moins de livres... moins de "matériel"
    Maman j'ai essayé de donner à ma fille ce que je n'ai pas eu... J ai essayé de ne pas lui crier dessus comme tu le faisais. Ca m'est quand même arrivé car parfois les bêtises sont de taille. j'ai essayé d'être son amie, d'être complice, de la gâter tout en lui laissant de la liberté... de parler plutôt que de gueuler... de discuter raisonner plutôt que de punir...
    J'ai une complicité formidable mais des disputes aussi... des crève-coeurs... J ai fait des erreurs... Pas les mêmes que toi... Je voulais offrir à ma fille ce que je n'ai pas eu... de la compréhension et un amour tout sauf étouffant... Je l'ai laissée aller chez une copine, inviter elle aussi ses amies, aller à des anniversaires, à des sorties de classe, à des voyages... Avoir des petits copains, tout ce qui m'a manqué...
    J'ai peut etre échoué... Sur certains points...
    Tu m'as d'ailleurs dit "c'est de ta faute si elle fait des conneries"
    je me suis jurée de faire une maximum pour la laisser choisir ses petits amis sans contrainte... Vivre ses histoires jusqu'au bout...
    J'espère que quand elle sera adulte elle me dira "maman j ai été heureuse j'ai eu de bons moments j'aime venir te voir j'aime revenir à la maison je t'aime" j'espère qu'elle ne se forcera pas pour passer des moments avec moi... qu'elle ne se sentira pas étouffée par l'amour que j'ai pour elle...  J'espère que venir me voir sera un besoin pour elle... Pas une corvée ni une obligation...
    Je ne veux pas qu'elle assume ma vieillesse mes vieux jours. J'ai vécu au jour le jour la vieillesse de ma gd-mère, sa déchéance physique, psychologique, j assumerai la tienne, c'est horrible d'imposer ça à ses enfants... je vis ton veuvage depuis que mon père est mort... Chaque jour que dieu fait depuis six ans déjà je vis tes larmes entends tes pleurs tes lamentations entend tes reproches... c est trop lourd. Je ne ferai pas ça à mes enfants... on n'a pas le droit...
    Pas le droit de gâcher la vie de nos enfants... On les met au monde pour les voir heureux pas pour qu'ils nous assument... Et c'est ce que tu fais avec moi... Je dois t'assumer...
    Tout cela explique peut être mon état psychologique d'aujourd'hui... ma situation... bancale... et quand tu me dis « Pierre bosse, il ne mérite pas ça » je sors de mes gongs... ah oui ? il bosse ... oui il ramène sa paye. J'en fais ce que je veux c'est vrai. Mais à part ça ? il fait quoi ? ça fait 20 ans qu'il passe tout son temps libre à bosser pour rien dans une ferme, à négliger ses enfants, sa femme, sa famille, sa maison. Je vis seule. J'assume « tout » SEULE.... Alors la morale ! il a ce qu'il mérite je ne culpabilise même pas. S'il restait son cul à la maison, s'il était un bon mari, un bon père, rien ne serait jamais arrivé... Depuis vingt ans maman je me plie à son autorité, à ses volontés, peu à peu mes rêves se sont éteints, telles les étoiles dans le ciel du matin. Mes espoirs de le voir changer, mes espoirs d'une vie passionnée, aujourd'hui je n'ai plus d'illusions. Je suis vide. Vide d'émotion. Je le regarde cliquer sur son ordi en regardant le programme tv qu'il a choisi... Je nous regarde assis chacun à un bout du canapé et je me dis que c'est triste à pleurer. Il n'y a plus d'amour, juste se supporter derrières des faux semblants, se cacher, souvent le laisser bouder toute une soirée pour une minuscule contrariété. Avaler maman, toujours avaler... voilà ma vie... les déceptions, les colères, les peurs, la rancœur. Alors culpabiliser à cause de Samuel ? ben non ! si j'avais un mari aimant je n'aurais pas levé les yeux sur lui, je ne me serais pas rapprochée de lui, Je n'ai aucun remord maman."
     
    Le printemps est là, le soleil brille de tous ses feux.  On est là, assis sur les rochers, au bord de la rivière. On est bien. Main dans la main, avec nos chiens, le temps passe trop vite quand on est ensemble. Je  regarde Samuel sauter de rochers en rochers, faire exprès de lancer des morceaux de bois dans le courant pour que son chien saute à l'eau...  et je me dis encore une fois que l'âge est là. Ses dix-huit printemps... mes quarante-huit balais... et les larmes montent, incontrôlables. J'ai beau essayer de ne pas penser, ces trente et un années seront toujours là... de plus en plus pesantes..; elles nous tueront... Je me dis qu'un jour, je serai là avec mon chien, mais seule. Le coeur plein de chagrin en repensant aux jours heureux... car ce jour Samuel sera loin...  
     
    Les crises de jalousie continuent. Samuel se fait des scénarios, il y croit même s'il  sait qu'ils sont faux. Il me parle d'autres amants qui n'existent que dans son imagination... Il pense que je joue un jeu, que je ne l'aime pas autant qu'il m'aime... et il se ferme, et on est malheureux.
    Cette jalousie m'étouffe et me fait mal. Ca me blesse tellement qu'il croit ça de moi.... Au beau milieu d'un calin l'entendre me demander si c'était bien ? avec l'autre ! mais quel autre ? il n'y a que lui et rien que lui... Cette jalousie maladive finira par m'éloigner de lui. Quand il voit mes larmes, mon désespoir, il semble me croire soudain. Quand je lui dis "je suis à toi, rien qu'à toi, je n'ai besoin de personne d'autre. C'est ton prénom dans ma tête qui résonne, c'est toi qui me fait rêver, c'est par toi que j'ai envie d'être aimée. Arrête de tout gâcher".

    Les journées se suivent. Pierre sait la plupart du temps que je suis avec Samuel mais à part une réflexion de temps en temps il ne dit rien. Il vit sa vie tranquille. Le boulot, la ferme, jamais là. On vit de plus en plus en parallèle lui et moi. La douleur de son absence, du manque de communication, je les ai comblés avec Samuel. S'il savait... il le tuerait... c'est plus facile d'être violent que de se poser les bonnes questions, comme par exemple pourquoi on en est arrivés là ? Pierre a brisé mes rêves, mes illusions, j'ai essayé tant de fois de m'accrocher, de le retenir près de moi, de partager des choses avec lui, la moto, le cheval... mais non... rien... pas envie de partager, pas envie d'échanger, de voyager, de s'amuser, un visage fermé... rien à dire... les enfants s'en accommodent ils disent "c'est papa" "il est comme ça" ils sont résignés mais moi j'y suis de moins en moins. J'ai le coeur trop plein de regrets et d'amertume, de déceptions... la vie qu'est ce que c'est con. Je n'imagine pas le quitter, le faire souffrir, mais moi ça fait vingt ans que j'espère qu'il va changer et devenir celui dont je rêvais... mon coeur se serre... ma raison se perd... mes remords s'enterrent.
     
    "Cela fait maintenant plus d'un an que l'on se voit, tu es pour moi cette étoile dans l'univers qui brille de milles feux, je ne voit qu'elle, il n'y a qu'elle, et j'espère qu'elle ne s'éteindra jamais ... Je n'ai pas la meilleure fusée, je ne l'ai jamais eue, mais je me suis lancé dans'un long voyage pour t'atteindre... je n'ai peut-être pas pris le meilleur chemin pour arriver jusqu'à toi ... Mais j'ai réussi,
    Ce que j'ai fait avec toi je ne l'ai jamais vécu avec une autre  : tu es ma fleur tu es mon sang, tu es la personne qui me fait vivre, Si tu as autant d'étoiles dans les yeux quand je te regarde c'est parce que tu étais sur le point de t'éteindre quand je t'ai ramenée du néant dans lequel tu étais. Maintenant ce n'est plus les autres qui brillent :  c'est toi !   tu me voulais : tu m'as ! rien qu à toi...et je pense à toi  chaque seconde.
    Tu veux vivre librement ta vie avec moi? Eh bien on l'aura crois moi cette vie. Je suis à toi et comme je t'ai dit il n'y a pas meilleure jardinière que toi pour faire fleurir des fleurs dans mon coeur <3"


    Nous aimerions-nous aussi fort, si tout était plus simple, plus facile. Nous aimerions-nous aussi fort si notre univers était calme, tranquille. Chaque après-midi j'attends Samuel, je guette son pas.  Il vient en vélo à présent. Il pédale à toute vitesse essayant de ne pas penser à ses peurs qui restent toujours présentes. J'ouvre la porte et je me jette dans ses bras.  Je me colle contre lui et je cherche ses lèvres avidement. Je respire sa peau.  Ma moitié est enfin là. Plus besoin de parler, juste ses bras autour de moi, le paradis pendant quelques heures. Mais le temps est compté, le temps s'emballe comme à chaque fois et il faut déjà se quitter... déchirés.
    On part à vélo certains après-midi, il prend sa canne à pêche et on va au bord de l'étang. On s'étend dans l'herbe et on parle... encore et encore...il n'y a jamais de temps mort... on sait toujours quoi se dire...
    "Tu sais Sandy, j'étais un jeune normal dumoins je le pensais. Et puis j'ai découvert que j'avais un penchant pour les pieds... féminins... et là tout a basculé... j'ai commencé à me poser plein de questions.... pourquoi j'étais comme ça... pourquoi j'étais pas comme les autres... En plus j'étais gros... on se moquait de moi... et ça suffisait pas mon penchant a été révélé à tout le monde. Et ça a été un raz de marée... tout le monde se moquait de moi... j'étais faible... Jai rencontré Lydie... elle ne m'aimait pas... elle m'a craché dessus insulté pendant toute la durée de notre relation... un an et demi... Elle a été jusqu'à m'accuser de viol.  Les gens ont commencé à me tourner le dos, à douter de moi, à me fuir comme la peste. Je ne pouvais plus marcher dans les couloirs du collège sans entendre "ah il aime les pieds et il a violé sa copine"... à 17 ans c 'est dur d'assumer ça...
    J'ai pensé trouvé ma stabilité dans l'agriculture pour au final découvrir que ce monde ne voulait pas de moi. On m'a frappé, on me parlait mal. Je suis devenu parano... j'ai peur de tout le monde...
    Et la femme que j'avais vu au collège m'a donné la main, elle m'a appris à remarcher comme à un accidenté de la route. Pas à pas, elle l'a fait pour moi. La réussite je la dois à cette femme, je lui dois tout. Elle a eu la patience... C'est la seule qui m'a soutenue quand tous les autres ont baissé les bras. Mille mercis ma puce... C'est à toi que je dois tout ça et je t'aime."
    "Je sais tout ça Samuel, je sais tout de ta vie. C'est vrai que je t'ai toujours fait confiance. Je t'ai toujours défendu. Ton penchant pour les pieds... combien de fois je t'ai dit de ne pas en faire une fixation. C'est du fétichisme mais après tout... c'est ta vie... t'as pas à avoir honte... faut l'accepter et vivre avec. Et n'importe quelle fille qui t'aimera verra ça comme un jeu, pas comme de la perversion... arrête de te crucifier pour ça... si tu avais pris ça à la plaisanterie au collège ils auraient pas insisté, ils se sont acharnés car ils ont vu que ça te blessait"
    Blottie dans les bras de Samuel au bord de l'eau, la tête sur ses jambes je suis bien. Je me  sens à ma place.  Dieu que je n'ai pas envie de Le perdre... La rentrée approche. il rentre au lycée en chaudronnerie... je ne peux m'empêcher de penser que qu'il va être entouré de jeunes filles, changer de vie. Passer d'une vie solitaire à une vie avec des jeunes de ton âge.  Au fond de moi je me dis que la vie va se charger de nous séparer...


    Les prises de tête continuent régulièrement avec pour cause la jalousie. Je trouve que ça s'aggrave même. Je dis à Samuel d'en parler à sa psy. Au début il étais jaloux de mon voisin qui me matait soi disant, après d'un de mes ex que je n'ai jamais revu... et à présent il commence à être  jaloux de Pierre. Il s'invente des films..; constamment.  "Si mon couple allait bien, toi et moi, on n'existerait pas. Quand on est heureux on ne regarde pas ailleurs. Mais je comprends que me partager avec lui te fait souffrir, c'est humain. Je suis désolée de te faire vivre ça." Souvent Samuel interprète mal ce que je lui dis. Il se vexe. J'ai le sentiment que tout ce que je fais ou dis n'est pas ce qu'il attend de moi.. et ça devient ingérable. On se dispute tous les jours. Pourtant je me bats pour lui, je sacrifie les miens pour lui. Je le soutiens, je lui écrit en continu... j'ai délaissé mes enfants, ma fille, tous les jours de l'été pour passer du temps avec lui... mais ça ne suffit pas. Ca ne suffit jamais... ça ne prouve pas que je l'aime...
    "Je suis fatiguée, fatiguée de tout ça. Tu m'aimes, tu es attentionné, calin,oui je reconnais toutes tes qualités, tu es adorable. Tu rends service. Tu fais tout ce que tu peux pour m'être agréable. Et toi comme moi, on ne peut pas faire plus. Après je me dis que j'en demande peut être trop à un jeune homme de dix huit printemps... je te rends malheureux c'est tout ce que je fais... Tu me dis qu'on s'éloigne alors qu'on se voit tous les jours et qu'on s'écrit non stop ? ça me semble tellement injuste."

    L'été touche à sa fin. La rentrée n'a jamais été aussi proche. Samuel passe le permis un peu après la rentrée. Jusque là ses parents feront les trajets car il refuse de prendre le bus. Il semble confiant, et je crois en lui. Il va passer son bac pro, avoir un métier. Les derniers après-midi passent entre ballades en vélo, baignades, télé... et calins...
    Etendue à ses côtés, je caresse son visage, j'en dessine les contours. Il est si parfait. Je regarde  sur mon téléphone nos photos que nos sourires illuminent. Tant de moments de bonheur, d'instants magiques. Tant de battements de coeur, de baisers enflammés, de caresses, de tendresse. Je pose ma tête sur sa poitrine et j'écoute les battements de son coeur. Je suis bien là. J'aimerais que le temps s'arrête. J'ai ma moitié, je me sens apaisée. Mon dieu comme je l'aime.

    Alicia rentre en Ecole privée d'Esthétique et Samuel  au lycée professionnel. Le matin de la rentrée Alicia prend le bus et je les texte tous les deux. Je le sens hyper nerveux. Mais il se prépare. Sa mauvaise humeur et son agressivité me laissent penser que ce n'est pas gagné. Et bingo... il ne descend pas de la voiture. Et il rentre chez lui, harcelé par sa mère, dans une fureur totale.
    Un nouveau chemin de croix commence. Il doit réussir à aller au lycee.
    Il m'explique qu'il a peur d'être bloqué là bas. Peur qu'on lui fasse du mal. Je soupire.  Ca me gave un peu c'est tellement ridicule. Après je sais que c'est pas de sa faute.
    Sam m'annonce avoir eu une idée :  emmener son vélo. Ca le sécuriserait car comme ça il pourrait rentrer s'il y a un problème. Sa mère refuse. Pendant quelques jours elle l'emmène et le ramène sans qu'il ne réussisse à prendre sur lui. Et puis excédée elle abandonne. Elle lui dit de se débrouiller qu'elle n'a pas que ça à faire. "Je vais y aller en vélo" me dis-il.  13 km à 7h le matin c'est de la folie, et pour rentrer le soir ? ... j'hallucine. Le lendemain je descends Lucas au lycée et je l'aperçois en vélo. Il pleut des cordes. Lucas ne t'apprécie pas donc je le dépose au lycée. J' appelle Samuel et lui donne rendez-vous sur un parking. J'y arrive avant lui. Je démonte le siège arrière de la voiture et quand il arrive, trempé,  on charge son vélo. Je l'emmène au lycée. Samuel se change dans la voiture. Il avait prévu des vêtements de rechange. Il me fait pitié.
    "Ecoute Sam on va sortir ton vélo du coffre, tu vas le prendre et aller le mettre sous le hangar à vélo. Après tu iras au bureau de la cpe t'expliquer et tu iras en cours. Je reste là. Jusqu'à ce que tu me dises que je peux y aller. ok ?"
    Il acquièce. Mais Samuel met une demi heure à se décider. Au final il sort de l'auto, le visage fermé et sort son vélo du coffre. Il s'éloigne. Je le texte non stop. Je l'encourage. Et miraculeusement je reçois "je suis en classe tu peux y aller"...Je suis super heureuse de cette victoire supplémentaire.
     
    De son côté Alicia rentre en école d'Esthétique, c'est son choix, sa vocation. Ca lui plait. Nous avons dépensé une fortune pour une école privée. Mais on est heureux de pouvoir lui offrir la formation qu'elle désire. Sa rentrée se passe bien apparemment. Elle semble enchantée. Je respire. Après une année sabbatique suite aux problèmes de harcèlement j'avais peur qu'elle ne fasse pas sa rentrée.
     
    Samuel prend le rythme du lycée et tout semble bien se passer. Il passe son permis fin septembre et le réussit du premier coup. Ses parents lui offrent leur vieille 205 et il est épanoui d'avoir SA voiture. "Sandy, chaque jour notre amour grandit,  Ma vie sans toi n'est pas possible. Peu importe ce qui peut arriver. Tu ne ruinera jamais ma vie, même si tu vieillis comme tu dis, ma vie c'est toi ... Et mon choix c'est de la faire près de toi ...  
    Jamais rien ne changera mes sentiments, dis toi bien ça. Même dans 10 ans ou dans 50 ans tu es ma femme ma reine et ca je l'emporterai en moi quand je rejoindrai les étoiles <3 DONC Ne t'en fais plus pour ton âge ou je ne sait quoi, peu importe, c'est toi que je veux pas le reste <3 Je vais tout faire pour te rendre fier de moi  au lycée.   Je t'aime infiniment <3"
     
    roman-INFINIMENT-chapitre 12

     


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    B-Chapitre 1

     CHAPITRE 10

     

     

    Ecrire quand même malgré le désespoir.
    Non : avec le désespoir.
     
    Marguerite Duras

     


    roman-INFINIMENT-chapitre 1
     roman-INFINIMENT-chapitre 1


     

     

    Entre Samuel et moi c'est l'amour passion... cependant, je remarque qu' il devient de plus en plus possessif, de plus en plus jaloux... il se fait des films... imagine des choses fausses... on se dispute gravement parfois... il ne se rend pas compte de la pression que me fait vivre notre relation, du stress quotidien... j'en arrive à déprimer quand il me boude et garde le silence suite à un de nos désaccords...
    Depuis des mois on se texte, tout le temps, on partage nos vies, nos secrets les plus enfouis, on s'est quasiment tout dit de nos vies. On crie, on pleure, on rit... Le portable nous relie chaque heure, chaque minute, chaque seconde ; que le soleil brille, que le tonnerre gronde, on se texte jour et nuit et comme dirait Keen'V :
     
    Tu es mon héroine, 
    ma dose de cocaine
    ma dope le joint que j'allume
    et qui me fait planer
    qui me fait rêv
    la passion nous conçume
    envoutés par un désir étrange
    mi démons mi anges
    souvent je me dis que notre raison a quitté la terre
    notre conscience est partie vers un autre univers...
     
    ALORS POURQUOI n'a-t-il pas confiance en moi ? Pourquoi ce matin encore ne me croit-il pas ? des mois que je mets ma vie entre parenthèses pour lui, que je vis pour et à travers lui, que je me bats pour lui, que mon soucis principal est de réussir à le voir chaque jour...  alors pourquoi doute-t-il de moi ? C est vexant, humiliant, ça veut dire qu'il doute de mes sentiments. Je les lui ai pourtant prouvés mille fois ...et moi aussi parfois... j'ai le droit d'avoir peur... comme ce matin...
     
    Le soleil brillait ce matin. Je roulais vers Samuel. On devait aller promener son chien. Deux heures à passer ensemble. J'adore aller marcher avec lui et discuter. Se tenir la main dans les bois quand personne nous voit. S'embrasser. Avoir l'impression un laps de temps d'être un couple normal qui n'a pas à se cacher qui se promène librement... Je pousse la musique à fond, je souris toute seule.
    Je gare la voiture. Je regarde Samuel arriver... je vois tout de suite que ça va pas.  Son regard noir est fuyant, il ne sourit pas. Je caresse son chien et on part. Il marche sans un mot, j'essaie de discuter il ne répond pas.  Je lui redemande "qu'est ce que tu as ?" il me répond "ta gueule !" "pardon ?" je suis scotchée. J'en reviens pas. Comment peut-il me parler comme ça ? il continue de marcher rapidement sans m'attendre... Je le suis un moment en me demandant qu'est ce qu il a ... et il marche droit devant sans se retourner... Du coup la colère et la déception m'envahissent... C'est vraiment injuste son attitude... Je tourne les talons et je reviens sur mes pas... Je marche, vite, je veux mettre de la distance entre lui et moi... M'enfuir... J'espère même que qu'il  n a pas remarqué que je ne le suis plus... tout à coup son chien me double... j arrive à la voiture... Il y arrive en même temps...
    Plusieurs fois je lui repose la question : "qu'est ce qui y a ?" enfin il m'avoue s'être encore fait un film, sa putain de jalousie qui le pousse à imaginer qu'il ne me suffit pas. Que j'ai besoin de voir un autre homme, de mon âge, qui a une voiture, qui est plus libre, qui a plus de temps... J'hallucine... c'est du délire.. j'ai envie de rire et de pleurer...
    Mais à quoi me servirait qu'il ait plus de temps puisque MOI je n'ai pas plus de temps... TOUT mon temps libre est pour lui... Chaque fois que j'ai un petit moment je le passe AVEC LUI... Et il est encore et encore et toujours JALOUX....
    Samuel me connait bien. Il sait que je ne vais pas partir. Je le regarde, je ne sais pas quoi penser... Il insiste pour qu'on parte en ballade et je finis par céder... à chaque fois qu'il est en colère, grossier, à la limite méchant, je pardonne... TOUJOURS... et il le sait bien... je sais qu'il est malade, qu'il ne se contrôle pas vraiment, que ce n'est pas de sa faute... J'ai toujours un panier plein d'excuses...
    Le soir en rentrant je repense à tout ça et je me ballade sur internet. Ca fait des mois que j'essaie de d'aider Samuel à vaincre ses peurs, que je cherche des solutions sur internet que je lis des tas d'articles sur la paranoia, la schizophrénie...  Ce soir une phrase sur un site m'interpelle : Le délire de jalousie est un délire passionnel portant sur l'infidélité supposée du partenaire. Je continue de lire... Et certaines phrases correspondent exactement à Samuel je trouve : une susceptibilité démesurée, une méfiance extrême à l'égard des autres
    Je ne suis pas rancunière et je tire un trait sur ce qui s'est passé mais je sais que Samuel a en partie perdu sa première copine  à cause de cette foutue jalousie. Il me l'a avoué il y a peu. Je me dis qu'un jour... la coupe débordera... Je pèterai les plombs d'être accusée à tort... d'entendre des remarques tous les jours... d'être soupçonnée... Pourquoi aurais-je besoin d'un autre que lui alors qu'il est celui dont je rêvais... On trompe son conjoint si on est pas heureux s'il y a un manque ou s'il n'y a plus de sentiments... Est-ce notre cas ? Faut arrêter ces délires paranoiaques... 'JE T AIME ET JE N AI BESOIN DE PERSONNE D AUTRE...' A ce petit jeu tôt ou tard il me perdra... La pression et le stress avec en plus les remarques c'est vraiment lourd.
    J'ouvre ma boîte mail. Il y a un message de Samuel. « Je suis désolé pour ma jalousie excessive, je fais de mon mieux pour gérer, comme je peux, pour limiter les crises mais on ne change pas sa nature, j'aimerais changer là dessus crois-moi mais je ne peux pas. Je cache,  j essaie de ne pas paniquer. Je ne fais pas exprès et ça il faut que tu le comprennes. Je sais que c'est dur à gérer mais pour moi aussi et dis toi que si je te perd tu me perds aussi pense à cela. Je m'en veux, vraiment,  je regrette pour ce matin et il n'y a pas assez de mots pour te demander pardon. Je t'ai tellement dit pardon qu'à force tu ne pardonneras plus. J'ai peur qu'à force de te faire du mal tu ne veuilles plus de moi...Je m'excuse   je t'aime et te perdre sera la plus dure des souffrances... je vais changer... » 
     
     
     
    Je vois Samuel tous les jours. Quand je me réveille le matin je calcule comment lui consacrer du temps, comment m'échapper de la maison. Si je vais faire mes courses je passe le prendre chez lui, il m'accompagne et je le ramène avant de rentrer.
    Samuel n'est pas heureux chez lui. Il n'est pas proche de ses parents et en souffre. Il est TRES seul. Il se prend la tête pour plein de choses. Quand il essaie de rendre service pour faire plaisir, montrer ce qu'il peut faire, il se fait latter. Et il rentre dans une rage... une fureur qu'il déverse dans des sms dévastateurs...
    Malgré toute cette souffrance il adore sa mère. Il ne parle jamais de son père.
    Apparemment il ne mange pas à sa faim. Quand je vais en courses je lui prends des petits pains, des gâteaux, ce qu'il aime. Il ne demande jamais. Je le fais parce que je l'aime et j'ai pitié de sa situation.
     
    Pourquoi ma vie est-elle si compliquée bon sang... combien de fois me suis-je posé cette question ?  48 années de vie... enfance pourrie à cause d'un secret jamais dit. La vie ne m'a pas épargnée dès le départ......Adolescence cloîtrée sans amies, sans petit copain, sans liberté, dans une chambre  seule à rêver au prince charmant qui m'enlèverait un jour sûrement...
    Une mère trop aimante, étouffante, rigide, qui croit avoir toujours raison, qui ne se pose pas de question et qui impose sa loi... Sans appel... Terassante...  Il est venu ce Prince charmant et j'y ai cru si fort tellement fort que quand il est parti je me suis effondrée et de dépit vite mariée pour me caser...
    Le temps file, la roue tourne, la vie passe et tu vis avec les regrets, les rêves peu à peu s'effacent. Les souvenirs qui font mal déchirent les entrailles
    Souvent tu te dis pourquoi j'ai été si conne et face au froid de ta vie tu frissonnes... Le temps passe, tu vieillis, tu n'y crois plus dutout. En fait tu subis ta vie, tu n'attends plus rien... Tu te raccroches aux choses bien. Tes enfants ta maison tu te dis je suis pas si mal Tu te resignes... à cette vie fade et sans couleur... Et un jour... Quand tu t'y attends pas. Ce que tu croyais mort pour toi à jamais renait. Un regard, un sourire, des éclats de rire, ta vie entière s'efface, plus rien n'a d'importance...
    Il n'y a plus que LUI... Plus rien n'a de sens... Mais la vie a décidé que rien ne serait facile. Trente ans d'écart... Un écart ingérable... inacceptable Les réflexions qui tuent qui cassent. Il pourrait être ton fils, t'es folle ou quoi ? A quoi tu penses ? Tu espères quoi ? Et curieusement tu ne refléchis pas. Tu n'y arrives pas. Ta vie se règle peu à peu en fonction de LUI. Plus rien ne compte à part réussir à le voir, à part  passer un moment avec lui... il devient le centre de ta vie... Tu ne te reconnais pas, dans ta poitrine ton coeur bat follement passionnément à chaque rendez vous tu as 20 ans tu oublies les gens les dangers les ragots les jugements. Tu fermes les yeux et c est son sourire que tu vois il est beau il te plait tu lui plais tout pourrait être si parfait mais non... il y aura toujours ces 30 ans  je suis dingue de lui je refuse d'y penser il me dit qu'il s'en fou qu il peut gérer... il dit que réfléchir c'est commencer à désobéir alors je refuse de réfléchir, de penser  je veux juste l'aimer et être aimée...
    L'aimer et être aimée le reste est sans importance. Avec lui vibrer, vivre, exister le temps qu'on voudra bien me l'accorder. Je l'aime  comme j'ai jamais aimé  je le désire comme je n'ai jamais désiré ses caresses sa tendresse ses baisers tout mon corps tremble rien que d'y penser comment ais je pu vivre un  avant comment pourrais je vivre un après je ne veux pas penser...
     
    Et la tête sur l'oreiller je rumine. Je pense à ma vie. Je me dis que j'ai échoué, dans ma vie de couple, l'éducation de mes enfants, dans tout. Quand les enfants sont nés je me suis promis de n'avoir qu'un but, leur bonheur, et j'ai échoué. Je voudrais fermer les yeux, m'endormir, ne plus me réveiller. Mourir pendant son sommeil c'est une belle mort, on ne se rend compte de rien, c'est ce que je me souhaite. Plus de soucis... plus de chagrin... Le vide, le néant. C'est lâche je le sais.
     
    Au fond de moi je me dis que Samuel et moi ça ne durera pas. J'ai beau lui écrire toute la journée, le soutenir dans les mauvais jours, ce n'est jamais assez. Les « t'es pas motivée » « t'as pas envie » « t'as pas l'air réjouie » j'en peux plus. Aujourd'hui je me dis qu'il avait juste besoin que je lui affirme le contraire, il avait toujours besoin d'être rassuré... En fait il ne voit même pas ce que je fais pour lui et il en demande toujours plus. Croit-il que c'est facile de toujours courir, de toujours mentir, toujours trahir, trembler d'être vue, démasquée, Croit-il  que je prendrais tous ces risques pour lui si je ne l'aimais pas ? Je néglige les miens, avec eux je ne fais plus rien pour passer le plus de temps avec lui... je lui sacrifie tout... peut être que je ne sais pas l'aimer comme il a besoin d être aimé...
     
    Notre relation prend une intensité qui je l'avoue me fait un peu peur. J'ai le sentiment que Sam vit par moi, qu'il respire à travers moi... C'est pareille à une addiction, une envie répétée et irrépressible de me voir, d'être avec moi... de tout savoir de moi... je dirais même de tout contrôler.. Il peut être aussi détestable qu'adorable. Pour la Saint Valentin il m a offert un médaillon turquoise, ma couleur préférée afin que j'aie toujours quelque chose de lui sur moi. J'ai trouvé ça adorable.Je ne quitte jamais le médaillon.
    Cependant quand il m'a dit « ta gueule » je l'ai pris en pleine face comme une gifle. J'ai été à deux doigts de lui dire « c'est fini », mais je sais que ce sont deux mots que je regretterais à peine après les avoir dits. La seule pensée de ne plus le voir, ne plus lui parler, ne plus l'aimer m'empêche de respirer.
     
    Quand les parents de Samuel sont absents il m'invite chez lui... J'adore entrer dans son monde. Tout est bleu dans sa chambre... il y a un cadre au mur avec une photo de lui bébé dans les bras de son père, un grand cadre avec des chevaux, image que je lui avais offerte... Il y  a un peu de moi partout, toutes les petites choses que je lui ai données, offertes au fil des mois.  Un bureau sous le mansardé avec son ordinateur de "gamer", celui qu'il s'est offert avec l'argent gagné en apprentissage. Et son lit. Un lit deux personnes avec juste deux oreillers et une couette. Un lit où on a du mal à trouver sa place entre deux chats et un petit chien très envahissant...
    Souvent je viens rejoindre Samuel le matin après avoir déposé Alicia au collège. Je me glisse sous la couette toute habillée, il me prend dans ses bras et on reste un long moment comme ça à se parler, s'embrasser, je voudrais à ces moments là que le temps s'arrête... Je suis si bien. Je suis comblée. Je n'ai besoin de rien d'autre, que de lui, ses lèvres sur mes lèvres, ses bras autour de moi... Je voudrais oublier tout le reste... c'est ce que je fais pour une heure ou deux... J'adore sa voix qui me dit "je t'aime', son souffle dans mon cou, ses petits bisous tout doux qui s'égarent, je me serre tout contre lui. J'ai envie de lui, de ses caresses, de ce cocon de tendresse qu'il m'offre, ses mains qui se promènent ici et là, sa bouche qui se colle à la mienne, s'aimer et tout oublier... plus rien que  lui et moi... caresses sensuelles, délires passionnels, j'aime le caresser, le sentir frissonner, désir, plaisir de nous découvrir, de nous parcourir, encore et encore, explorer nos corps, décoller vers d'autres horizons... pour quelques heures... tout oublier... 


     
    Samuel m'envoie des dizaines de messages... Je lis entre les lignes je sais ce qu'il veut me faire comprendre...
    « L'amour te frappe, soit tu te lèves et tu le suis ; soit tu te lamentes et tu passes ta vie à regretter. Vaut mieux en chier et le vivre plutôt que d'imaginer les moments qu'on aurait pu passer...
    Même si notre couple ne dure pas je mourrai avec toi dans le cœur, la trace de notre amour jamais ne s'effacera peu importe où je finirai je t'aurai en moi. Aimer c'est être possédé par la personne qu'on aime, c'est l'avoir gravé en soi toute sa vie même quand le couple se brise, les sentiments restent gravés dans l'écorce tu vis avec.
    Le jour de ta mort je pense que tu désires la revoir une dernière fois pour lui dire que toute ta vie tu as vécu sans jamais l'oublier. Plus lointaine sera la fin, plus longtemps je vivrai heureux crois le bien et sois en sûre... Toi et moi ça ne durera peut être pas toute notre vie mais on aura fait du chemin ensemble et je ne pourrai jamais t'oublier. On n'oublie pas un tel amour, on fera tout pour le faire durer longtemps je ne veux pas penser à ce qu'on ferait l'un sans l'autre ce serait tellement horrible..."
    « Samuel, vivons le moment présent sans penser à demain. Toi, notre histoire, quelle qu'en soit l'issue restera gravée dans mon cœur, dans ma chair, et je l'emporterai dans ma tombe. Tu es et resteras ma plus belle histoire d'amour. Même si pour x raison nos chemins un jour se séparent je resterai ta bonne étoile, tu pourras toujours venir frapper à ma porte si tu es dans l'ennui ou le chagrin, même quand le temps m'aura transformée en grand-mère, je te prendrai par la main pour te tirer vers le haut. Je t'aime ti cœur, notre amour secret brille au firmament. Etoile scintillante, soleil éblouissant, il réchauffe nos cœurs et nous donne du bonheur c'est tout ce qui compte. Peu importe demain. C'est aujourd'hui l'important. C'est merveilleux ce qu'on vit, pas un matin sans un message « coucou ti cœur, ça va ? » au réveil « un bonjour mon amour je t'aime » pour toi et moi le premier rayon de soleil. Pas un soir sans un «bonne nuit mon cœur, fais de doux rêves je t'aime » juste avant de trouver le sommeil...  C'est un rêve éveillé cet amour qui nous unit, un rêve merveilleux. Ton amour, ta tendresse, aujourd'hui encre tu m'as comblée mon coeur. Se regarder sans mots dire, juste des regards qui veulent tout dire. Matinée magique, romantique, on laisse vivre nos illusions. Caresses, tendresse, baisers passionnés, désir et plaisir, tentations, frissons, je regarde ton corps et j'en veux plus encore te toucher te respirer te caliner t'embrasser encore et encore, j'aime tant nos moments de complicité. Que c'est bon d'aimer et d'être aimée."
     
    J'ai lu sur internet que parfois le fait de réaffronter la cause de ses phobies pouvait aider à les faire disparaître ou tout au moins les diminuer. Je t'emmène donc en voiture sur les lieux de ton dernier apprentissage ; j'aimerais tellement te sortir de tes peurs, te rendre plus fort, chasser le mauvais sort... Je veux  t'aider à reprendre le dessus et à émerger de ces mois de misère. Tu stresses pas mal en arrivant dans le village mais contrairement à toute attente, tu descends de voiture, tu restes un long moment à fixer le paysage, à me raconter ce que tu faisais... et quand nous partons tu me remercies. « Merci Sandy, merci pour tout ce que tu fais pour moi »...
     
    Pierre souhaite reprendre les ballades à cheval un après -midi par semaine. Je l'annonce à Samuel. J'adore le cheval mais c'est avec lui que j'aimerais partir. Son air triste me  fait culpabiliser. Après je me dis que tous les autres après-midi je les passe avec lui.. « Je t'aime je ne me plains jamais, je t'attends...    je ne veux pas te priver de ta vie, Des fois je me sens seul mais j'apprends a gérer et ce qui me motive c'est le fait qu'un jour on se verra peut être plus .. » Se voir plus que tous les jours ? est ce possible ? Samuel ne se rend pas compte. Je me dis qu'il serait bien plus heureux avec une fille de son âge, libre. Il ne passerait plus des heures à m'attendre... Il serait avec elle... sans avoir à se cacher... Je le lui dis... « Je ne baisse pas les bras Sandy, dans la vie tout devient réalisable avec le temps.  La seule chose que l'homme n'arrive pas à concevoir c'est le futur nul ne sait... ou du moins pas concrètement.  J'aime t'écrire,   j'aime t'attendre,   j'aime quand tu m'attends.    Tu es malheureuse que je sois seul, mais Sandy toi aussi tu m'attends, toi aussi tu veux un avenir avec moi, ça me suffit je ne demande rien de plus. On s'arrange toujours pour s'écrire et quand on peut pas on fait avec. Si je t'en demande trop dis le moi. Tant que mon étoile brillera pour moi je serai seul pour et avec elle pas avec une autre . C'est toi que je veux et personne d'autre peu  importe le prix à payer  ... je t'aime,  je suis à toi c'est comme ça j'ai pas envie de te perdre, toi non plus. Alors on a assez perdu de temps à se prendre la tête.  Avenir ou pas, ensemble on s'aime, ça dé passe la raison,  ouvre tes ailes et laisse le temps faire .. Et supporterais tu seulement de me partager ? honnêtement Sandy si tu devais suivre ton cœur tu ferais quoi ? »
    « je plaquerais tout pour toi »
    « et la raison te dit quoi ? »
    « la raison dit qu'il faut que tu aies ta vie, que tu la construises petit à petit avec une copine de ton âge, un métier, un foyer, je n'ai pas le droit de gâcher ta vie, Même si je ne peux imaginer des lendemains sans toi, que la seule idée de ne plus t'avoir dans ma vie me terrasse, me casse, me laisse au bord d'un trou noir, je n'ai pas le droit de te garder pour moi »
    Tu soupires, excédé...
    « Le pire ce n'est pas d'être seul, c'est de ne pas être en paix avec soi-même... Je suis bien avec toi, je t'assure, la solitude faut juste pas la regarder et vivre avec,  savoir la gérer... Tu ne peux pas me partager sois honnête avec toi-même et moi non plus. Alors pourquoi se prendre la tête ? Je comprends que tu paniques, que tu culpabilises de me voir seul mais je ne veux personne d'autre on n'a jamais le bonheur sans souffrance. Je suis à toi et rien qu'à toi <3
    Tu ne me retiens pas j'ai juste pas envie d'aller ailleurs.  C'est à moi de décider si tu me gâches la vie ou non. A l'instant où j'écris ce texte oui c'est impossible que l'on soit ensemble  mais laisse nous le temps... c'est à toi de faire ce choix.  Je sais que tu fais ton maximum pour être près de moi ben moi je ferai le maximum pour gérer tout ça.  Je suis heureux avec toi ... je ne veux QUE toi ... »
     
    Chaque seconde avec Samuel est magique. C'est un rêve, je ne veux pas me réveiller.  Je suis heureuse quand je suis avec lui, triste et morose quand il  est loin de moi. Même si sa possessivité m'étouffe parfois, même si sa jalousie m'horripile, je l'aime... il n'y a que lui.... J'ai besoin de le voir, de respirer son odeur, j ai besoin de ses lèvres, de ses caresses, de sa voix, besoin de lui tout simplement.  "
     
     
     
     

     


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    B-Chapitre 1

     CHAPITRE 9

     

     

    Je ne doute pas un instant que nous soyons faits l'un pour l'autre.
    Ce sont nos vies qui ne correspondent pas
    .
    Colleen Hoover


    roman-INFINIMENT-chapitre 1
     roman-INFINIMENT-chapitre 1


     

     

    octobre - novembre - décembre 2014





    "Ma chérie écoute, tu sors à quatorze heures trente jeudi après midi on ira faire les boutiques toutes les deux sans Samuel ok ? juste toi et moi."
    "D'accord maman, super... depuis le temps qu'on a pas passé un après-midi rien que toutes les deux"
    Tous les après-midi Samuel les passe à la maison. Il est déscolarisé. Il passera l année à la maison et changera d'orientation à la rentrée prochaine. Tous les après-midi soit sa maman le dépose en allant travailler, soit je vais le chercher et je le reconduis le soir avant que Pierre ne rentre. Pierre sait que Samuel vient à la maison. Je le fais faire des dictées, j'essaie de le faire bosser un peu. Pierre ne dit rien. Il continue de m'appeler ironiquement "mère Thérésa". 
    J'annonce à Samuel que le jeudi on ne pourra pas se voir l'après midi, qu'Alicia a besoin de passer un peu de temps avec moi... Il me dit que c'est normal, que ça ne fait rien, qu'on se verra le lendemain... mais un peu avant 13h je commence à recevoir des messages de sa part,
    "Sandy ça va pas faut que je te vois, je t'en supplie j'suis mal viens stp, viens..."
    "mais Sam je peux pas dans une heure à peine je prends Alicia au lycée et on va en ville, tu le sais"
    "je fais une crise d'angoisse je t en supplie viens, pas longtemps mais viens" 
    Je ne dis rien à Alicia, je la dépose au collège et je file à toute allure chez Samuel. Il m'attend au bord de la route devant sa maison. Il monte dans la voiture. Il pleure. Ca va pas. Je vais me garer à quelques mètres de là à l'abris des regards et je le prends dans mes bras. Il a le noir, il cafarde... ça va pas... je vois la pendule du tableau de bord qui tourne... affreusement vite. Je n'arrive pas à le raisonner. Je remet le moteur en route et je vais me garer devant chez lui.
    "Faut que j'y aille Samuel, Alicia m'attend. Je lui ai promis. Demain tu viens à la maison, tu verras ça ira mieux. Et ce soir je t'écris."
    Mais Samuel ne descend pas de la voiture. Impossible qu'il descende. Il a le regard fixe. Il ne bouge pas. Je suis énervée au fond de moi, autant qu'effrayée car je me rends compte qu'il ne va pas descendre et que l'heure tourne que je vais être en retard au collège. 
    "Bon écoute on va chercher Alicia ensemble et après je te dépose ok ?"
    "oui".
    Nous voilà partis au collège. Quand Alicia arrive à la voiture je vois sur son visage la contrariété. Elle monte dans la voiture sans un mot. Nous voilà repartis. Cinq minutes plus tard je me gare devant chez Samuel. Même scène. Impossible qu'il descende de la voiture. Il regarde fixement devant lui et ne descend pas. Tout ce qu'il attend c'est qu'on lui dise qu'on l'emmène avec nous en courses. Mais j'ai promis à Alicia. Et elle commence à s'énerver grave. Que faire mon dieu... ? J'ouvre la portière et je supplie Samuel de me laisser partir... mais on dirait une statue. Je descends de la voiture je vais à sa portière et je lui dis. "Viens je te raccompagne..."
    Alicia claque la porte et me dit
    "je rentre à pied vous me faites chier !" Elle insulte Samuel. La scène est horrible et incompréhensible. Mais que se passe-t-il dans sa tête mon dieu ? Pourquoi il réagit comme ça ? pourquoi cette crise ? 
    Je sais que son père est là. Je vais sonner. Il vient ouvrir au moins dix minutes plus tard. Il va à la voiture et lui dit mollement "allez rentre, sors de là ! " mais Samuel ne bouge pas. Je suis désespérée et son père le voit mais ne dit mot.
    Samuel contre toute attente sort de la voiture comme une bombe et va sur la terrasse. Il fait un froid glacial il est en tee shirt. Son père a été s'habiller et mettre un manteau pour aller promener le chien. "Rentre !" "Non !" Son père ferme la porte et s'éloigne laissant  Samuel transi devant la porte.
    Je vais péter les plombs..
    J'essaie de raisonner Samuel mais c'est un roc... une statue... rien ne semble l'atteindre... je ne l'ai jamais vu comme ça... et pourquoi ? jaloux que j'aille en ville avec Alicia ? pourquoi mon dieu ?
    Alicia est remontée dans la voiture. Elle est dans un état proche de la crise de nerfs. Il est trop tard pour aller en ville. Deux heures que nous sommes là comme des connes. Je m'éloigne de Samuel je monte dans la voiture et passe la première. Le voila à ma portière. J'ouvre ma vitre.
    "Pardon Sandy, pardonne moi c'est pas ma faute, tu vas plus vouloir me voir, ne pars pas, reste"
    "on se voit demain Sam j'y vais"
    Il ne lâche pas la portière. Alors le coeur en miettes je démarre doucement j accélère et il lâche la portière. Je le vois courir quelques mètres après la voiture et s'arrêter. Je suis vide.
     
    Alicia me boude. Je la comprends.
    "Je le déteste, c'est fini je ne veux plus le voir, je ne veux plus entendre parler de lui"
    ... Je n'ai pas respecté ma promesse. Une fois de plus j 'ai fait passer Samuel en premier. Au fond de moi je me doutais de ce qui allait se passer... et j'y suis quand même allée... Samuel m'écrit des dizaines de sms, se confond en excuses, me demande pardon et je cède évidemment... Je comprends une fois de plus... je ne me rends pas compte du pouvoir qu'il a sur moi...
     
    Alicia reste sur ses positions. C'est fini entre elle et Samuel. Il n'est plus celui qu'elle a connu. Il ne ressemble plus à son premier amour, son ange... celui qui la faisait rêver... il est malade !!! il a peur de tout ! il est étouffant comme Enzo l'était... "fini ! c'est fini !"
     
    La vie suit son cours. Alicia va au collège, je vois Samuel presque chaque après-midi à l'extérieur... Elle s'en fou. Elle est entourée d'amis, et prévoit de participer au voyage en Italie au printemps suivant. Ce sera son premier voyage. Elle s'en réjouit. Elle n'a pas de petit copain sérieux. Elle me parle beaucoup d'un certain Mathys, qui souffre de schizophrénie. On le compare à Samuel et on trouve beaucoup de points communs. Des peurs similaires. Des réactions brutales... je lui dis d'être prudente car il semble se raccrocher à elle.
    Samuel s'excuse auprès d'Alicia mais elle reste sourde à ses sms. Je lui dis de lui laisser le temps de digérer... "C'était vraiment lourd ton attitude Samuel, tu t'en rends compte. Tu ne semblais plus entendre, plus comprendre, être dans ton monde..." Il est d'accord et semble si  triste et désemparé que je change de sujet.
    "Je ne suis pas parfait je le sais Sandy mais mon objectif c'est de créer ma vie avec toi et de mourir avec toi. C 'est tout. Est ce qu'on aura l'occasion de vivre ensemble ou près l'un de l'autre je l'espère mais sâche que tu es la maman dont j ai besoin, l'amour dont j'ai besoin, la tendresse dont j'ai besoin. Je suis pas facile je sais ! je sais ! mais je ne veux pas perdre cette complicité. On ne sait pas de quoi la vie est faite, ce que j'essaie de te dire c'est que tu n'es pas une simple amie, je te désire, je t'admire, je te veux !  c est un projet réel que j ai en tête, j aimerais faire ma vie avec toi, quoi que tu dises ou penses c est pour moi quelque chose de sérieux. Je te gâterai jusqu'au bout. Je sais que ton âge te complexe, j'ai pensé à tout ça, je me refuse de dire que nous deux c'est éphémère, je veux pas l'entendre. On peut apprendre à vivre avec cette différence, l'amour n'a pas d'âge..."


    Je me dis à chaque instant que ce qui me lie à Samuel est pure folie. Je sens que tout ça prend une ampleur démesurée. Je suis tout pour lui. Notre différence d'âge, il n'y attache aucune importance. Alors que moi ces trente et une années me minent, me torturent, me murmurent à l'oreille à chaque seconde que l'issue ne peut être que fatale... je me tais. A chacune de mes tentatives pour lui faire entendre raison il semble anéhanti...  tout cet amour qui brûle en moi, qui atteint des sommets, me ronge... me fait peur... d un côté je me dis que je devrais mettre fin à tout ça pour éviter de souffrir, ce qui semble inévitable... et d'un autre côté à la seule idée de ne plus l'avoir dans ma vie... je me sens tomber dans un puits sans fonds.... je laisse faire... je sais au fond de moi qu'il est de toute façons trop tard pour reculer. On s'aime, sans demi mesure, passionnément... quand je suis avec lui j'ai l'impression que mon moi est comblé, que j'ai trouvé mon autre moitié... pourquoi ? je n'ai aucune explication...
    Samuel me presse d'avouer nos sentiments à Alicia. Ca me perturbe. C'est tellement malsain notre situation. Tellement tordu. Je culpabilise à mort. Mais il faut que je l'avoue à ma fille. La connaissant je pense que de toutes façons elle se doute... Quand les mots sortent de ma bouche "je l'aime !" sa réponse ne se fait pas attendre "je le savais maman... je le sais depuis longtemps... depuis le début je savais qu'il se passerait quelque chose entre toi et lui. Sa façon de te regarder, de te parler, de me dire que tu es belle ! il ne m'a jamais fait de compliments comme à toi... on ne connait pas le même Samuel... moi il ne m'a jamais vraiment aimée. Je l'ai aidé à quitter sa Lydie c'est tout !" je lui affirme le contraire, ça me crucifie qu'elle pense ça... Je me sens mal et en même temps tellement mieux qu'elle sâche. "Je ne t'en veux pas maman. quand je vois ce sourire sur ton visage, cet air heureux, je suis heureuse pour toi. Je n'aime plus Samuel alors t'en fais pas. Profite." 
     
    Alicia s'arrange même pour que Samuel revienne à la maison. Il a besoin de nous, c'est son meilleur ami... elle aime bien quand il  est là... Pierre ne dit mot. Il n'aime pas Samuel mais ne s'oppose pas à ce qu'on l'aide. A ce qu'on s'occupe de lui. 
    Au fond de moi je me pose beaucoup de questions sur Pierre. Comment peut il ne rien voir. Ne pas se douter. Il vit sa vie. Comme il l'a toujours fait. Il me laisse seule chaque après-midi. Il sait que je vois Samuel mais peu lui importe. J'ai peur au fond de moi qu'il ne finisse par ouvrir les yeux. Pierre n'adresse que très rarement la parole à Samuel et quand il le fait Samuel ne le regarde jamais dans les yeux ce qui exaspère Pierre au plus haut point je le sais. Quand je prépare le repas le samedi soir et qu'on boit une bière en cuisine, Pierre ne se joint jamais à Sam, Alicia et moi. Quand il rentre de sa ferme, il prend sa douche, et se met à la télé. Il ne vient à table que pour manger.
    J'aimerais que Samuel ne reste manger qu'une semaine sur deux, la semaine où Pierre travaille. Ca me gêne vis à vis de Pierre de lui imposer Samuel. Mais Sam ne comprend pas. Il a "besoin" de ces week end, de sortir de chez lui, de décompresser de sa vie de tous les jours. Il se sent mal chez lui je l'ai compris et venir ici est sa bouffée d'oxygène. Comme tout le reste je laisse aller... Samuel a toujours le dessus avec moi je ne peux pas lui dire non... je ne lui dirai jamais non pour rien. C'est au-dessus de mes forces.
    On mange souvent quasiment en silence, et Pierre se couche tôt car il se lève aux aurores. On regarde des films toute la soirée, Alicia, Sam et moi. Moi blottie dans les bras de Sam. Je suis au paradis. Heureuse. Je le reconduis vers les deux heures du matin. Et même là c'est une déchirure de le quitter.
    Quand je rentre après un dernier sms je vais me coucher. Je me glisse silencieusement dans le lit, j'écoute la respiration de Pierre en me demandant s'il dort. Je culpabilise. C'est tellement moche ce qui se passe... Mais pourquoi j'en suis là au final ? et je m'endors. Samuel dans mon coeur et mes pensées.
     
    J'ai commis une grosse erreur. Dans un moment de désespoir j'ai tout avoué à ma mère. Qu'est ce que j'espérais ? qu'elle approuve ? pauvre folle que je suis de croire encore en elle. "Mais ça pourrait être ton fils ! tu te rends compte ! Sandy t'es complètement folle !" je suis partie sans une parole. Que répondre ? y a rien à répondre... oui je suis folle, complètement folle, consciente d'être folle... mais je suis folle de lui. Jamais je ne pourrai vivre cette passion sereinement. Le stress que Pierre découvre toute l'histoire, à présent les reproches de ma mère, ma meilleure amie à qui je me suis confiée et qui me répète que ce n'est pas viable... bon sang ! ça me tue moralement cette lutte entre le coeur et la coeur, le mental et l'affectif.. je passe des heures à réfléchir, à ruminer, quelle chance au fond de trouver le grand amour, celui auquel on met un A majuscule, un grand A... c'est précieux... ce coup de foudre interdit je ne l'ai pas cherché il m'est tombé dessus un soir de décembre... Je sais qu'on devrait mettre fin mais je l'aime tant... je suis si bien avec lui. Je me dis que je joue avec le feu. Et j'en suis consciente c'est ça le pire. Pierre devinera un jour ou l'autre. Cet amour aveugle causera la fin de mon couple... mon divorce peut être... Et les enfants ? Alicia sait mais Lucas... peut être se doute-t-il mais pas vraiment... et les amis, la famille, le scandale... Mon dieu il n'y a pas de solution. Au fond de moi je le sais. Pourtant je fonce dans le mur, consciemment, je ne peux pas lutter... Je suis en pleine détresse c'est un tsunami dans ma tête et Samuel ne s'en rend pas compte... il ne comprend pas l'ampleur de ma détresse. Tout est simple pour lui. Je me sépare, on se met ensemble, on s'aime, et voilà... 
     
    "Et si là je te quittais tu ferais quoi ?" me demande Sam en colère, une pointe de défit dans les yeux. Je lui faisais part de mes craintes, des réflexions de ma mère et il s'est énervé...
    "Si je disparaissais là, tu n'en aurais rien à faire hein ? je ne suis qu'une option pour toi..."  
    "Tu n'es pas certain que j'aurais du chagrin Sam ? mais... si tu me quittais, le temps s'arrêterait. Je n'entendrais plus que le silence, les battements de mon coeur lourd. Le monde s'arrêterait. Toi plus là, ce sont les bons souvenirs qui se transformeraient brusquement en poignards aiguisés et qui s'enfonceraient sans relâche dans mon ventre... la douleur de t'avoir perdu serait telle que je resterais prostrée, face contre terre. Mon dieu je ne veux même pas y penser."
     Samuel semble satisfait de la réponse. Cependant je le regarde dans les yeux et j'ajoute...
    "un jour tu me quitteras... pour une autre... plus jeune... et je vivrai cet enfer que je viens de te décrire... "
    "Jamais tu entends ? JAMAIS... Même si je le voulais je n'en aurais pas la force, je t'aime trop, tu es l'air que je respire, du fond du coeur, partout tu es là, dans mes pensées, dans mes rêves, c'est mon coeur qui parle."
    Et Sam les larmes aux yeux me prend dans ses bras et ses lèvres viennent se poser sur les miennes. Je frissonne. Un moment douceur, se regarder sans se parler, s'effleurer, caresser ton visage,il est ma chaleur, il est mon bonheur. Je l'aime tellement mon dieu... Ca me fait peur.
     
     
    Et décembre pointe son nez. Noël. J'aimerais être avec Samuel tout le temps. Mais parfois certaines obligations m'en empêchent. Emmener maman au marché de Noël par exemple. Il fait un froid glacial, ça sent bon la cannelle, mais tout est fade car Sam n'es pas là. Je me retiens de pleurer, je ne dois rien montrer. Il est parti faire du bois. Les sms s'enchainent. Les portables sont devenus nos poumons. On vit, on respire par eux. Mon téléphone ne quitte quasiment plus ma main. Ce qui a le don d'énerver mon entourage. 
     
    On s'est organisé un faux réveillon, Samuel, les enfants et moi... On s'est échangé des cadeaux... pour faire comme si...  Mais vient le réveillon...  Noël sans Samuel c'est pas Noël. La soirée se déroule, les gens boivent, parlent, rient, je suis comme dans le brouillard. On se texte. Je pense à lui non stop. J'aimerais être avec lui pas ici.Tout est vide. Tout serait tellement plus magique s'il était là. Triste Noël. 
     
     

     

     


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  • B-Chapitre 1

     CHAPITRE 8

     

     

    Ecrire,
    c'est comme être amoureux, 
    on est nouveau, libre
    et porté par un désir formidable.
     
    Francis Dannemark


    roman-INFINIMENT-chapitre 1
     roman-INFINIMENT-chapitre 1


     

    septembre - octobre 2014





    Je suis amoureuse de Samuel, je l'aime tellement tout en sachant qu'il n'y a pas de lendemain possible, pas d'espoir, aucune possibilité d'avenir... Je me dis au fond de moi que demain ou après-demain, ses sms seront de moins en moins nombreux, doucement il s'éloignera et comment je gérerai ? l'idée de ne plus l'avoir à mes côtés me fait hurler de douleur, il me semble impossible désormais de vivre sans lui... comment imaginer de vivre sans lui... je refuse de voir la vérité en face pour l instant... pas maintenant... on est fous l un de l autre... comment imaginer le perdre... je refuse de l envisager...
     
    "Maman ça va plus avec Enzo..."
    "pourquoi donc ?"
    "il est trop directif, collant... je n'ai plus le temps de rien. Tu sais que j'adore écrire ben même ça je ne peux plus. S'il est pas à la maison il m'appelle sur skype je ne peux plus voir mes amies non plus... Il les critique tous en plus... j'en peux plus..; il m'étouffe"
     "tu te souviens pourquoi Sam t'a quitté ? pour la même raison. Il avait l'impression de ne plus avoir le temps de rien" 
    "oui"
     "Enzo est très amoureux de toi et vous formez un beau couple ! il est doux attentionné et je l'apprécie on s'entend super bien. C'est dommage !"
     "j'en peux plus"....
     "eh bien fais comme tu le sens ma puce mais tu vas lui faire mal car il est très amoureux et il ne s'attend pas à ce que tu casses ! en plus c'est son anniversaire le week end prochain laisse aumoins passer son anniversaire ce serait trop cruel de le laisser à ce moment là..
    . "oui tu as raison"...
    "j adore ses parents tu sais Alicia, ça me fait mal. J'adore Enzo et j ai bien sympathisé avec sa maman, on ne les verra plus, c'est dur"...
     
    Samuel a mis Alicia dans les bras d'Enzo quand il l'a quittée. Et aujourd'hui, alors que je viens de lui raconter la situation il semble jaloux.
    "Tu sais Enzo crevait de sortir avec Alicia. Quand on est passé en vélo avant de partir à Bordeaux, il en crevait déjà. A Bordeaux il arrêtait pas de me parler d'elle. C'est pour ça que je me suis dit que pour qu'Alicia ne souffre pas trop c'était la meilleure solution de les rapprocher. Il est faux, hypocrite.. menteur..."
    "je le croyais ton ami ?"
    "parce que j'ai toujours tout avalé de sa part"
    "ah bon ?"
    "oui"
     "Samuel quels sont tes sentiments pour Alicia ?"
     "Je lui ai fait du mal, je m'en veux terriblement... je serai toujours là pour elle... si elle a besoin de moi... " 
    "tu ressortirais avec elle ?" 
    "...je t'aime Sandy" 
    "on n'a aucun avenir ensemble Samuel, aucun... je sais que ça t'énerve quand je te dis ça mais il faut être réaliste... le temps est une chose contre laquelle on ne peut pas lutter. Alicia a beaucoup d'affection pour toi. Elle était amoureuse de toi, raide dingue je dirais... Peut être qu'elle a encore des sentiments pour toi..."
    "tu veux dire que je devrais me remettre avec Alicia ?"
    "ben on se verrait comme ça, tu reviendrais à la maison, et on se contenterait d'une relation amicale... il y a des bons côtés, on s'amuserait tous ensemble comme avant, on rigolerait... et tu t'entendais bien avec Alicia..."
    "d'accord comme tu veux"... je remarquai son air blasé... mon coeur était en miettes mais ça me semblait la meilleure solution.
     
    La rentrée s est bien passée pour Alicia. Elle est en troisième, elle est entourée d'amis, j'entends de nombreux prénoms et j'apprends à mettre un visage sur tous... Samuel a une soeur qui est en troisième dans la même classe qu'Alicia. Elle aussi a des des problèmes... Elle manque régulièrement les cours. Un dimanche soir Samuel passe à la maison avec sa maman et sa soeur afin que celle-ci recopie les cours qui lui manquent. C'est quelques jours après notre discution. Samuel a envoyé un texto à Alicia "Faut qu'on parle". Peu après leur arrivée Alicia et Samuel disparaissent un moment et reviennent souriants. 
    "Maman tu vas pas aimer... mais Samuel m'a embrassée, il m'aime toujours..."
     "et toi Alicia ?"
     "ben j ai eu plein de papillons dans le ventre... je crois que j ai encore des sentiments pour lui"...
     "Fais comme tu le sens alors"...
    Je ne sais pas encore ce qui m'attend à cet instant... je n'ai pas réalisé la perversité de la situation. Samuel va revenir à la maison, oui. On va reprendre nos après-midi, nos soirées à regarder des films, à bavarder, nos super soirées à rire... mais... mais ce sera la main d'Alicia qu'il tiendra... pas la mienne... ce sera elle qu'il embrassera, qu'il emmènera marcher à la rivière... et le pire... avec elle qu'il s'endormira..
     
    Dès le week end suivant nous reprenons donc nos anciennes habitudes. Cependant le Samuel d'aujourd'hui est différent du Samuel qu'Alicia a connu et fréquenté. Six mois se sont écoulés et dans ces six mois il y a eu tous ces échecs dans l'apprentissage qui ont changé Samuel. Toutes les peurs qu'il a eu et qui l'ont rendu victime de phobies et paranoïaque... C'est un Samuel qui avant était indépendant, et qui aujourd'hui a besoin d 'une attention constante. C'est un Samuel qui se crée des peurs... non stop... des peurs injustifiées, qu'on a du mal à comprendre... 
     
    Le samedi se passe bien... la soirée arrive et je commence à préparer le repas... Samuel parle, il est tout bien. Pierre est à la télévision, nous dans la cuisine à rigoler... Le soir tombe et je ferme les volets. Je me retourne et je vois sur le visage de Samuel que quelque chose ne va pas.
    "Qu'est ce qui y a ?"
    "je veux rentrer chez moi !"
    "quoi ? tu rigoles ? tu vas pas rentrer chez toi maintenant ! tu vas manger avec nous"
    Impossible de le raisonner je dois le ramener grosse crise d'angoisse... Dans la voiture il ne dit mot puis se met à pleurer... Alicia n'est pas venue avec nous. On l'a laissée sur le chemin, devant la maison. Elle pleure.
    J'ai mal au coeur. J'essaie de la raisonner en rentrant.
    "Tu sais Samuel a vécu tellement de mauvais moments chez ses derniers patrons qu'il faut que tu réalises qu'il est malade. Il va chez un psychiâtre, il a un traitement assez lourd, et de grosses peurs. Il va falloir être patiente avec lui. Il ne pouvait pas ce soir mais on va y arriver, patience. Il réussira à rester.."
    Sam vient donc les après-midi... mais ne reste pas le soir... J'ai organisé l'anniversaire de ma mère, un samedi soir, dans une salle avec quelques amis.
    "Oui je viendrai bien sur !"
    Samuel, Alicia et moi passons l'après-midi à décorer la salle. mettre la table, accrocher guirlandes et ballons. Tout se passe bien. Je pars avec une amie chercher le gâteau. Sur le chemin du retour je reçois un sms d'Alicia. "Je vais mourir Maman, je ne vais pas supporter, il est parti !" Samuel n a pas réussi à gérer son stress. Alicia l'a laissé seul le temps de prendre une douche. A son retour la sonnette de la porte d'entrée retentissait. Samuel avait appelé sa mère, qu'elle vienne le chercher. Alicia est à bout de nerfs. J'ai du mal à la calmer et je la comprends; Je suis en rage aussi. J'étais heureuse de passer la soirée avec Sam près de nous.  Nous avons beaucoup de mal à surmonter notre déception toutes les deux... finalement on s'épaule et on se soutient toute la soirée. On doit faire bonne figure on n'a pas le droit de gâcher la fête.  
     
    Au fil des semaines Samuel prend confiance. Et un samedi soir... il reste à la maison... Pierre est de l'après-midi. Il mange, on regarde des films.. et il reste dormir... mes sentiments pour lui n'ont pas changé. Je gère comme je peux. Sam fait attention de ne jamais embrasser Alicia devant moi. Je lis dans son regard quand il me regarde. Il y a toujours la même provocation je dirais le même message. Mais il est avec Alicia. C'est moi qui l'ai voulu. Je ne dois pas me plaindre. Mais ce soir là... je suis mal. Je redoute "le moment"... où ils vont monter l'escalier et se coucher, ensemble...  19 octobre 2014 ... le moment tant redouté est arrivé... il fallait qu'il arrive... pour me torturer un peu plus..; c'était inévitable... Je vais me coucher seule dans mon lit. J'allume le poste de télévision. "Tu es là sous mon toit et tu es couché avec elle.. je ne dois pas penser... je dois dormir... demain ça ira mieux..". demain c'est mon anniversaire et j ai un super cadeau. Celui que j'aime dort avec ma fille... J'ai le coeur en sang... Je ne peux pas empêcher mes pensées de vagabonder.. Sam est entrain de l embrasser de la caresser, de la serrer contre lui, de lui dire qu'il l'aime...Torture morale, lancinante... partager celui qu'on n'aime n'est pas chose facile... j'ai l'impression que je vais mourir de douleur... la jalousie m'étouffe. Je pensais pleurer piquer une crise mais non... j'accuse le coup...Je me rends compte que jamais Sam ne sera à moi... que jamais nous ne dormirons toute une nuit dans les bras l'un de l'autre...  l'amour c'est toujours si compliqué... trop jeune trop vieux, pas la même couleur, pas la même religion.. pas libre, mariée..; pourquoi ne peut on laisser libre cours à nos sentiments... 
     
    Le lendemain matin un bruit me réveille. Il n'est que huit heures et quelqu'un est dans le couloir. J'imagine que Sam refait une crise d'angoisse et veut partir. Je me lève à l'arrache et déboule dans le hall. C'est Alicia. "Recouche toi maman on veut te faire une surprise." Je me recouche donc un peu rassurée. Les jeunes sont allés acheter un gâteau d'anniversaire. Ils reviennent peu après et on déjeune ensemble. Le repas dominical a lieu chez ma mère. Et je souffle mes bougies en famille avec Samuel qui est là... ça efface mon chagrin de la veille. Le summum j'ai droit à ma première photo avec lui. Il est assis à côté de moi sa tête tout contre ma joue... et mon coeur bat. Je suis heureuse.
    Alicia me reprochera par la suite qu'on a peu de photos d'elle et moi, que Samuel a pris toute la place ce midi... En regardant les photos je me rends compte... que ça crève les yeux... que ça a du crever les yeux à ma mère aussi..; on voit sur nos visages ce qui nous lie lui et moi... c'est flagrant... J'ai honte vis à vis d'Alicia.
     
    Je passe mon temps à regarder la photo de Samuel et moi... je ne trouve pas que la différence d'âge se remarque tant que ça... Nos sourires sont resplendissants on est aussi heureux l'un que l'autre... Mais je me sens mal... si mal vis à vis de ma fille. Je ne pense pas que ça va durer entre elle et Sam, Samuel a tellement changé au cours de ces mois d'apprentissage.
     "Tu te rends compte maman il a peur de tout... même aller marcher jusqu'à la rivière il faut que je le traine et on n'y reste pas... regarde on fait rien ! dans le temps il aimait l'extérieur, rester dehors, à présent c'est canapé, télé toute la journée !! j'en ai marre... En plus j ai laissé Enzo parce qu'il m'étouffait et lui qu'est ce qu'il fait ? il est pendu au téléphone toute la journée, ça me gave..."  
    Je rappelle à Alicia toutes les épreuves qu'a subi Samuel, ses problèmes psychologiques... que tout va finir par s'arranger il faut lui laisser le temps... 
    'je ne lui pardonne pas de nous avoir lâcher pour l'anniversaire de mamie je me suis retrouvée seule comme une cruche, c'était vraiment dégueulasse de sa part... appeler sa mère pendant que j'étais sous la douche...
    " Il va gérer laisse lui le temps... tu vois il est resté hier soir... ça va déjà mieux... 
    "il est toujours là je vois plus mes amis, il ne les apprécie pas... et en plus on fait plus rien toutes les deux !" 
    Je ne peux pas contredire ma fille c'est vrai que Samuel est à la maison tous les jours... on ne fait plus rien sans lui... mais comment dire à Alicia que la véritable raison est que j'en suis raide dingue. Que lui et moi on s'aime.. comme des fous... 
     
    Tous les soirs Samuel et moi restons scotchés sur facebook... nous partageons un blog et nous nous écrivons   via ce blog nos ressentis, des poèmes... Je culpabilise et quelque part lui aussi même s il le cache...
    "Sandy si on en est là c'est parce qu'on s'aime, parce qu'on a cru en nous, on en est devenus inséparables.  Arrête de te dire "je suis plus vieille je vais vieillir il est jeune" tu t'en fou de ça ce qui compte c'est les battements de nos coeurs ; notre paradis, nos souffrances, Sandy, l'amour n'a pas d'age  ni de limite tu as ta place dans mon coeur. Reculer ne sert à rien, s'accrocher, s'aider est la plus belle chose que l'on sâche faire. Je t'aime mon amour et tu le sais Sandy.  La jolie rose que tu es ne fanera pas, tant que la rivière de mon désir pour toi irriguera notre jardin secret, mon amour et mon désir pour toi. Mon amour est immortel, j 'ai accepté nos différences.  Il ne nous reste plus qu à apprendre à vivre avec les déserts, on les traversera, on ne baissera pas les bras. Je t'aime Sandy n'en doutes pas... que tes rêves te transportent vers notre paradis...Peu importe le poids de ta croix. Tu portes la mienne tu fais partie de ma vie.  Il n'y a pas de bonheur sans toi. On profite de notre paradis comme on peut. Nos chemins se sont croisés et Dieu sait combien j'ai peur de te perdre. Ton ti coeur est là et il te laissera pas je te le promets. Je t'aime et ma vie ne sera fera pas sans toi. Fais moi confiance et laisse toi guider par mon amour, par nos souffrances, main dans la main on franchit des montagnes. Laisse moi te montrer que malgré nos trente ans de différence on s'en sortira, on sera heureux. Accroche toi à moi, je peux pas te perdre, j'ai un projet d'avenir avec toi, ti Coeur deviendra grand et tu seras heureuse crois moi mon arc en ciel. On s'en sortira. baisser les bras sont des mots que l'on ne connait pas.  Tu me dis que je parle comme un livre ça me blesse. C'est juste mon coeur qui souffre mais qui s'accroche à toi. Je sais que je ne te perdrai pas quoi qu'il arrive. Tu es avec moi dans tous les moments tu me suis comme mon ombre le soir tu t'endors avec moi le matin, tu te réveilles près de moi, tu souffres je sais mais il est trop tard pour reculer mon amour, te perdre me serait fatal.
    On a un bonheur à vivre ensemble allons le chercher ! ma rose ne fanera pas tant qu'elle sera dans mon jardin secret. Tes sentiments sont immortels comme les miens alors laisse moi t'emmener au delà du ciel dans notre paradis à nous deux..."  
    Ce que Samuel m'écrit me tire les larmes. Je suis là seule chez moi une vie sentimentale désertique, un mari quasi absent... avec qui je ne partage rien... qui me laisse assumer seule la maison, les problèmes... tout... et lui.. qui m'offre tout ce qui me manque, tout ce dont j'ai toujours rêvé...  Tous ces messages passionnés qu'il m'envoie, oui je veux y croire, il est mon soleil je l'aime si fort...  j'aime sa façon de me regarder, ses manières tendres pour me toucher, cette entente parfaite que l'on connait, cette complicité... je l'aime je crois... comme je n'ai jamais aimé..."
     
    Alicia est malade. Elle fait une néphrite une infection du rein. Quinze jours à la maison. Elle semble guéri mais bizarrement impossible de la faire lever et retourner en cours. Plusieurs fois elle me promet, pour le lendemain ou le lundi suivant... pour enfin me cracher la vérité en pleine face. "Je ne veux plus y aller maman... je me fais harceler"... le monde s'écroule...
     
    Alicia a toujours été amicale, joyeuse et très souriante, mais jamais extravertie. Toujours discrète en classe elle ne parle pas beaucoup en cours. Alicia a toujours eu trois bonnes vraies amies et le reste c'était juste des potes. Elle s'est toujours sentis bien dans sa peau. Elle n'était pas maigre, mais pas grosse non plus.  
    Elle n'avait pas confiance en elle comme ses amies. Elle avait du mal à répondre et à faire face aux autres. Elle était prometteuse d'après ses professeurs. Elle était  agréable et discrète d'après la direction, une fille géniale d'après ses amis. 
    Alicia était tout ça et une poignée de petits cons l'ont détruite. Ils l'ont brisée et je ne sais pas encore tout ce qui m'attend pour réussir à la sortir de là.  Je lui demande de me raconter ce qui se passe au collège.
     
    "J'ai fait la rentrée maman mais je suis dans une sale troisième, quelle classe de merde ! Je n'ai que deux trois amis dans la classe, mais je m'en fais rapidement des nouveaux. Des garçons bien sûr ! Je n'ai jamais été proche des filles. Je me sens déjà mal dans cette classe, que des cancres, des personnes que je n'aime pas, avec qui je n'ai aucun délire, aucun point commun. Juste 5 personnes relèvent à peu près la barre. Ma meilleure amie Lou n'est pas avec moi, elle a de la chance elle, elle est dans une super classe.  Septembre s'est passé pas trop mal et Octobre commence. Avec  Mathieu un ami on entend une rumeur idiote sur une fille de notre classe. Nous en rigolons ensemble sur un banc. 
    Milieu du mois, un garçon arrive, grand, les cheveux blond foncé court. des yeux bleu givre... Jérôme...  Il est beau. Il me parle. Il me demande de le rejoindre à la fin des cours derrière le collège, j'accepte sans hésitation. On s'embrasse, il me dit qu'il m'aime. Je suis tellement flattée. Tellement heureuse ! Je suis pas si moche que ça finalement. Je suis même plutôt jolie si Lui me trouve jolie. Et brutalement plus de nouvelle. Il ne me parle plus... Il m'évite... J'essaie de lui parler, de comprendre son revirement. Une fille de la classe vient me parler, me dit d'arrêter de le harceler. Je lui réponds que c'est faux et lui raconte ma version des faits.  Elle me croit. Il a soit disant agi pareillement avec elle. Je suis heureuse de partager cela avec quelqu'un. 
    Emma, une fille à qui je n'ai jamais parlé vient me voir.  Elle me demande si ça va,  elle s'interroge : pourquoi la moitié de la classe me jette des regards noirs. Je lui explique. Elle est sous le choc. J'apprendrai que c'est une faux cul aussi.
    Fin octobre. Tout bascule. Les rumeurs se multiplient, tout et n'importe quoi... comme quoi je couche avec tout le monde... que je suis une saloppe...Je garde pourtant la tête haute. Je ne fais pas attention. Je me dis que ça va se calmer.
    Début novembre. Emma à qui je m'étais confiée sans vraiment la connaitre mais parce que j'étais seule et si mal, a raconté encore plus de faux ragots sur moi et là.. Tout par en couille.
    Tous mes amis que je croyais sincères me tournent le dos. << Non mais faut comprendre je peux pas traîner avec une fille qu'on traite de pute. >>
    << Je te croyais pas comme ça. >>
    << T'as changé. >>
    J'ai mal. Plus que trois ou quatre personnes "osent" rester avec moi. Ils sont traités à la même enseigne que moi. Mais ils s'en fiche.
    J'arrive en cours. Papier sur la table, j'ouvre : Salope.
    Papier sur la table, j'ouvre : Sale pute.
    Papier sur la table, je tremble, j'ouvre : Sale chienne !
    Papier sur la table, les larmes me monte aux yeux, j'ouvre : Suicide toi.
    Papier sur la table, une larme roule sur ma joue, j'ouvre : Vas te pendre. 
    Je déchire tous les papiers. Essaie de respirer correctement... J'angoisse. Je veux sortir. L'un des seuls amis que j'ai encore dans la classe voit que je vais mal. << Madame, je crois qu'Alicia ne se sent pas bien, je peux l'emmener à l'infirmerie ? >> Elle accepte. Je prends les papiers et les mets à la poubelle en sortant et on descend. Il me demande ce que j'ai. J'arrive pas à articuler et m'assois dans les escaliers. Je pleure comme jamais je n'ai pleuré.  Là j'en peux plus. Pourquoi ? Pourquoi tant de haine ?
     
    La semaine suivante.  << Hey ! Hey ! R'tourne toi ! Hey ! Hey ! >> Je ne veux pas me retourner, je ne veux pas encore entendre une insulte. Ils m'énervent. Mon ami se retourne à ma place pour le faire taire car il sait que si je me retourne je vais piquer une crise de nerf.
     << Ferme là. 
    - Dis lui que c'est une belle pute ! >>
    Je resserre mon stylo. Je vais pas tenir le coup.
    Tous me disent d'en parler, mais les représailles ? Je me fais bousculer dans les couloirs et traiter comme une pestiférée, ils veulent que je meurs, je ne veux pas en plus de ça me faire tabasser à la sortie des cours.
    Je n'ose même plus faire sport et supplie ma mère de me faire un mot pour me dispenser. Je vois l'énervement chez le prof. S'il savait. Deux filles sont dispensées elles aussi. Ces deux pestes qui m'ont mis dans la merde. Elles sont toutes deux assises au fond des gradins. Je m'assois au premier rang. Priant pour qu'elles me laissent tranquille.
     << Quelle pute quand même ! Et t as vu comment elle se fringue ? Pis elle est moche et elle croit vraiment qu'on la croira quand elle dit qu'il l a embrassée ? C'est une chienne.
    - Arrête, tu ne devrais pas dire ça dans son dos.. >>
    J'écarquille les yeux, du soutien ? Soudain... des pas, elles descendent ? Non il n'y en a qu'une. La peste.
    << Tu n'es qu'une salope, je n'ai que du mépris pour toi, tu t'habilles mal, tu es laide, tu es grosse comme une vache et j'espère bientôt ne plus voir ta sale gueule. >>
    Un sourire s'étend sur ses lèvres tandis qu'elle remonte les gradins fière d'elle. Je retiens mes larmes et mes insultes. Je deviens pâle comme la mort et cours au vestiaire en essayant d'éviter le regard du professeur."
     
    Je suis choquée et je vais trouver la cpe du Collège. Je prends rendez vous avec le directeur.  Nous y allons ensemble Alicia et moi. Bizarrement le direction fait passer un interrogatoire à Alicia on a l'impression qu'elle est la harceleuse. C'est elle la victime. Le directeur a une curieuse attitude. Il interroge Alicia en ma présence puis me demande de sortir. Ensuite il me reçoit seule. Il confond nos réponses. On se croirait au commissariat.
    Il accepte difficilement de changer Alicia de classe. Alicia ronge son frein et angoisse à l'idée de retourner en classe et dans quelle classe ? 3èA.. la classe de sa meilleure amie. Soulagement.
     
    Les amis d'Alicia ne la lâchent pas. Sa meilleure amie l'attend devant le portail tous les jours. Elle lui tient la main dans les couloirs pour la rassurer.  Elle la rassure. Elle veille sur elle. Quand elle est pas là, ce sont ses autres amis qui prennent le relais. Alicia peut compter sur eux et cela la soulage. Pourtant, elle va mal.
    Le directeur a changé Alicia de classe mais aucune sanction n' a été décidée pour punir les harceleurs les contrecarrer les punir. Rien. Ils sont là, au lycée. Et ça me dégoûte. 
     
    Samuel essaie de remonter le moral à Alicia. Il lui dit de se défendre, qu'il va aller coincer la meneuse de bande, la plus virulente. Mais au final ne fait rien. Alicia a peur des représailles.
     
    Alicia finit son année scolaire péniblement. Elle obtient son brevet. Quel soulagement. Elle m'assure que l'an prochain, tout ira bien. Elle change d'établissement. Elle a choisi l'esthétique, sa passion. Tout ira pour le mieux. Je doute un peu mais son assurance, son enthousiasme, finissent par me convaincre.
     

     


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